*« Dieu est mort »

Cet aphorisme que l’on doit à Friedrich Nietzsche dans Le Gai Savoir ne doit pas être compris au sens littéral, à savoir « Dieu est physiquement mort ». Philosophe du nihilisme, de la négation des valeurs morales, Nietzsche veut signifier par cette formule que Dieu n’est plus la source fondamentale des codes moraux et, conséquemment, c’est un rejet de la croyance qu’il existe un système de lois morales totalement objectives, universelles et valides pour chaque individu.

Délivré du ressentiment de la morale et affirmant son désir le plus intense de la vie, l’homme entame un processus de « transfiguration » des valeurs pour atteindre le stade du Surhomme. Le Surhomme s’affirme comme Homme dans sa totalité; il ne nie plus, il est :

« C’est de ce passage, et d’aucun autre, qu’il faut partir pour comprendre ce que veut Zarathoustra : la race d’hommes qu’il conçoit, conçoit la réalité telle qu’elle est. Ils sont assez forts pour cela; la réalité n’est pas pour eux chose étrangère ni lointaine. Elle se confond avec eux : ils ont en eux tout ce qu’elle a d’effrayant et de problématique, car c’est à ce prix seul que l’homme peut être grand. » (Friedrich Nietzsche, Ecce homo, 1888.)

Il faut abandonner les anciennes idoles par lesquelles l’homme espérait un autre monde et une vie nouvelle, et désirait autre chose. La vie nouvelle, c’est l’affirmation pleine de cette vie, de la vie en ce monde, avec ce qu’il comporte d’immoral et de blessant. Autrement dit, la « transfiguration » consiste à penser par-delà le bien et le mal, alors que tous les philosophes antérieurs pensaient dans les limites de la morale idéaliste.

Quels sont les principes fondamentaux du Surhomme?

1
. L’inversion des valeurs : l’abandon de la responsabilité et d’une causalité volontaire, à savoir tout est innocent; l’abandon de toute cause première (de Dieu), puisqu’il n’y a pas d’être, le monde n’a pas de sens ultime; et l’abandon de l’unité du monde en tant que matière ou esprit et substitut de Dieu, l’univers étant chaotique.

2. Penser par-delà le bien et le mal : repenser la moral et dépasser « la croyance aux oppositions des valeurs ».

3. Vivre et faire vivre l’éternel retour : « veux-tu cela encore une fois et une quantité innombrable de fois » et l’amor fati (« l’amour du destin »), c’est-à-dire d’accepter que la souffrance et le mal font aussi partis de la vie.


L’Homme est une chose qui doit être dépassée. C’est-à-dire que l’Homme est un pont et non un terme nous dit Nietzsche dans le prologue de Ainsi parlait Zarathoustra. L’affirmation de l’existence, le consentement à la totalité des aspects de la vie, conduits à concevoir le Surhomme comme homme total qui fait la synthèse des qualités contradictoires que l’on rencontre éparpillées dans l’humanité. Mais, on verra que cette philosophie peut facilement déborder vers l’arbitraire lorsqu’un homme se juge comme étant un « être extraordinaire » et qui s’attribue le droit d’estimer lui-même la valeur de la vie humaine.

Inspiré du Blog de Jean-Nicolas LACOSTE

Nouvelles Possibilités :

Pour Nietzsche, la mort de Dieu libère l'homme, et l'abandon de la croyance en Dieu ouvre la voie à la créativité humaine, révélant de nouveaux chemins d'accès vers l'expression de son potentiel. Le Dieu chrétien, avec ses commandements et ses interdictions, ne barre plus la voie de sa toute-puissance, permettant à l'homme de ne plus constamment lever les yeux vers un monde surnaturel et de finalement donner sa juste valeur au monde dans lequel il vit réellement. L'admission du fait que « Dieu est mort » serait comme une toile blanche : l'homme n'est plus désormais « peint », le tableau de l'existence n'est plus donné parachevé (vision de l'homme comme créature), c'est désormais l'homme lui-même qui (re)devient le peintre, le sculpteur de la réalité, le créateur. Ce serait la possibilité de devenir quelque chose de nouveau, de différent, de créatif — ce serait la liberté de devenir quelque chose sans être forcé à accepter le bagage de notre passé. Nietzsche utilise la métaphore d'un grand océan ouvert devant nous, à la fois excitant et terrifiant. Les gens qui arrivent finalement à se créer eux-mêmes une vie nouvelle représenteraient une nouveau stade de l'existence humaine, le Surhomme (Übermensch). La mort de Dieu est le fondement du dernier projet philosophique de Nietzsche (ce qui devait être l'ouvrage la Volonté de Puissance — l'idée fut finalement abandonnée par l'auteur), la réévaluation (ou transvaluation) de toutes les valeurs.

L'expression signifie d'abord que la croyance au Dieu chrétien est ébranlée. C'est dans le livre de Nietzsche Le Gai Savoir qu'on trouve pour la première fois l'expression qui sera reprise dans Ainsi parlait Zarathoustra. On peut trouver des origines de ce vacillement de la foi chrétienne dans les découvertes scientifiques de Copernic et Galilée (héliocentrisme contre géocentrisme) ou encore de Darwin (évolutionnisme contre créationnisme). On peut voir également trouver les sources de cette "mort" dans la crise de la philosophie dans l'Allemagne des années 1840 et le mouvement des jeunes hégéliens auquel Nietzsche s’intéressa dans sa jeunesse : David Friedrich Strauss dans sa Vie de Jésus, montre le caractère mythique du personnage de Jésus, tel que décrit dans les évangiles(notons que d’un point de vue biographique ce livre joua un rôle important dans la perte de la foi, Nietzsche en étant un très bon exemple, lui qui renoncera à devenir pasteur comme son père et d’autres membres de sa famille), puis Bruno Bauer et ses "Critiques" des évangiles qui corroborent cette hypothèse ainsi qu'un pamphlet ironique "démasquant" l'athéisme camouflé du système philosophique hégélien, puis Ludwig Feuerbach, qui remplaça Dieu par l'Homme : "L'Homme a crée Dieu a son image" ; "Homo homini Deus" (L'Homme est le Dieu (ou l'être suprême) de l'homme), et enfin Max Stirner, qui voit dans l'Homme de Feuerbach une nouvelle transcendance à laquelle, comme Dieu, s'aliène l'individu, et qui est un des premiers annonciateurs de la mort de Dieu ("Feuerbach étreint avec l'énergie du désespoir tout le contenu du Christianisme, non pour le jeter bas, mais pour s’en emparer, pour arracher de son ciel cet idéal toujours désiré, jamais atteint, et le garder éternellement. N’est-ce point là un suprême effort, une entreprise désespéré sur la vie et la mort, et n’est-ce point en même temps la dernière convulsion de l’esprit chrétien altéré d’au-delà ?" ; "On a pas remarqué que l'Homme n'a tué Dieu que pour devenir lui-même le seul Dieu dans les cieux". On peut aussi trouver chez le poète Heinrich Heine, que Nietzsche admirait, l'origine de cette expression, puisque Heine évoquait dans un de ces poèmes un "Dieu mourant". Enfin on peut lier l'annonce de la mort de Dieu à la "prophétie" sur l'avènement du nihilisme : "Je décrit ce qui va venir, ce qui ne peut plus venir autrement : la montée du nihilisme"

© Photos Jean-Luc ADDE
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